Textes pour l'oral séquence 1
Séquence 1 : Annie Ernaux, Regarde les
lumières mon amour : observer la vie à travers la description d'un
hypermarché
Problématique
: Comment
l'observation d'un grand magasin donne-t-elle lieu à une réflexion sur la
société ?
Objet d'étude
: La question de l'Homme dans les genres de l'argumentation
du XVIe siècle à nos jours
LA1
p 30/31 _ L’hypermarché des Trois-Fontaines
Le centre commercial occupe la plus
grande surface de cette zone. Il faut se représenter une énorme forteresse
rectangulaire en briques rouge brun, dont la grande façade, celle tournée vers
l’autoroute, est en vitres-miroirs reflétant les nuages. La façade opposée, qui
donne sur des immeubles et une tour d’habitation, est uniformément en briques,
comme une ancienne usine du Nord. Depuis sa création en 1972, une aile
perpendiculaire a été ajoutée à l’une des extrémités, où s’est installée,
notamment, la FNAC. D’immenses parkings, pour moitié couverts et superposés sur
plusieurs niveaux, l’entourent sur trois côtés. On accède à l’intérieur par dix
portiques dont quelques-uns, monumentaux, évoquent l’entrée d’un temple mi-grec
mi-asiatique, avec leurs quatre colonnes surmontées de deux toits distants, en
forme d’arc, le plus haut en verre et métal débordant avec grâce.
Le centre des Trois-Fontaines
constitue un centre-ville d’un nouveau genre : propriété d’un groupe
privé, il est entièrement fermé, surveillé et nul ne peut y pénétrer en dehors
d’horaires déterminés. Tard le soir, quand on sort du RER, sa masse silencieuse
est plus désolante à longer qu’un cimetière.
Ici sont rassemblés sur trois
niveaux tous les commerces et tous les services payants susceptibles de couvrir
la totalité des besoins d’une population - hypermarché, boutiques de mode,
coiffeurs, centre médical et pharmacies, crèche, restauration rapide,
tabac-presse-journaux, etc. Il y a des toilettes gratuites et un prêt de
fauteuils roulants. Mais le seul café, Le
Troquet, le cinéma Les Tritons et
la librairie Le Temps de vivre ont
disparu. On n’y trouve que peu d’enseignes haut de gamme. La clientèle
appartient majoritairement aux classes moyennes et populaires.
Pour
qui n’en a pas l’habitude, c’est un endroit désorientant, non pas à la façon
d’un labyrinthe, comme Venise, mais en raison de la structure géométrique du
lieu où se juxtaposent, de chaque côté d’allées à angles droits, des boutiques
faciles à confondre. C’est le vertige de la symétrie, renforcé par la clôture
de l’espace, même si celui-ci est ouvert à la lumière du jour par une grande
verrière qui remplace le toit.
Annie
Ernaux, Regarde les lumières mon amour,
préambule
LA 2 Texte p 34/35 Le
magasin Auchan avant Noël
- Vous montrerez d’abord que le texte évoque la façon dont le consommateur est orienté à l’achat avant Noël : tout est fait pour augmenter les ventes.
- Puis vous montrerez qu’il s’agit d’un texte polémique qui révèle le féminisme d’Annie Ernaux.
Grande
affluence dans les allées du centre - ce sont encore les vacances de la
Toussaint -, plus discrète à l’intérieur d’Auchan. Halloween étant passée, tout
est en place pour Noël. À l’entrée, un énorme échafaudage de bouteilles
décorées : du champagne à 6,31 euros la bouteille avec la carte Auchan -
20 % - dont la marque n’est pas affichée. Boîtes de chocolats. Déco pour la
table, le sapin. À perte de vue des panneaux de couleur jaune avec PROMO en
énormes lettres noires. Mais très peu de monde à ce niveau, comme si les gens
résistaient au temps commercial, attendaient leur heure ou, plus probable, leur
salaire à la fin du mois.
Les jouets occupent plusieurs
rangées de rayons rigoureusement séparés en « Garçons »,
« Filles ». Aux uns, l’exploit - Spiderman - l’espace, le bruit et la
fureur - voitures, avions, chars, robots, punching-ball - le tout décliné dans
des rouges, verts, jaunes violents. Aux autres, l’intérieur, le ménage, la séduction,
le pouponnage. « Ma petite supérette », « Mes accessoires de
ménage », « Ma mini-Tefal », « Mon fer à repasser »,
« Ma baby-nurse ». Un « Sac aliments » transparent est
rempli hideusement, entre étron et vomi, de croissants et autres nourritures en
plastique. Entrevoir une trousse de docteur au milieu de cet arsenal ménager me
soulage presque. La reproduction du rôle ne s’embarrasse pas de subtilités ni
d’imagination : tout pareil que maman en mini. En face, les teintes
sucrées des trousses de maquillage, des coiffeuses avec une glace et un siège
pour se faire une beauté, des costumes de Blanche-Neige et de princesses. Plus
loin, des poupées de haut en bas d’un rayon de dix mètres. Publicité pour une
Barbie au volant d’une Volkswagen, 29,90 euros. Je suis agitée de colère et
d’impuissance. Je pense aux Femen, c’est ici qu’il vous faut venir, à la source
du façonnement de nos inconscients, faire un beau saccage de tous ces objets de
transmission. J’en serai.
Oral EAF – Texte vu en lecture
analytique, p 47 à 49 dans le livre
Annie Ernaux, Regarde les lumières mon amour, 2016
( Les Clients)
Samedi 24 novembre
[…] Au rayon des fromages, je
remarque un couple jeune. Ils hésitent. Comme s’ils n’avaient pas l’habitude,
que ce soit neuf pour eux. Faire les courses à deux pour la première fois signe
les prémices d’une vie commune. C’est accorder les goûts, les budgets, déjà
faire couple autour de la nourriture, ce besoin premier. Proposer à un homme ou
une femme d’aller ensemble au supermarché n’a rien à voir avec l’inviter au
cinéma ou au café boire un verre. Pas d’esbroufe séductrice, pas de tricherie
possible. Est-ce que tu aimes le roquefort ? Le reblochon ? Celui-là,
c’est du fermier. Si on se faisait un poulet rôti ?
Les rayons de jouets sont moins
encombrés que prévu. Un couple de grands-parents contemple anxieusement une
grande poupée comme si allait émaner de ses lèvres rouges et de ses yeux fixes
le signe que c’est elle, pas une autre, qu’il leur faut élire. Un homme
entraîne son gamin loin des voitures radiocommandées « Viens, on va
rejoindre manman. » J’ai entendu et dit manman toute mon enfance,
pas maman. L’homme qui vient de me le rappeler est d’origine africaine
ou antillaise.
On parle constamment des courses du
week-end en termes de « corvée ». Inconscience ou mauvaise foi. On
peut considérer qu’il s’agit de la rançon de la prospérité, d’un travail issu
de l’abondance. La subsistance a toujours nécessité du travail, autrefois bien
plus qu’aujourd’hui, sauf pour les privilégiés, les domestiques s’en
chargeaient.
Et les gens, cet après-midi,
visiblement, prennent leur temps.
A la sortie, des cartons plats sont
étalés à même le sol. Les dames de la banque alimentaire dispatchent les
produits qu’on leur donne, l’huile ici, le café là, etc. Impression brutale
d’un marché des pauvres exposé en pleine lumière.
Mercredi 28
novembre
Un incendie a ravagé une usine
textile au Bangladesh, 112 personnes sont mortes, en majorité des femmes, qui
travaillaient pour un salaire de 29,50 euros par mois. Le bâtiment comportait
neuf étages, il n’aurait pas dû dépasser trois. Les ouvriers ont été piégés à
l’intérieur, sans pouvoir sortir.
Cette usine, Tazreen, fabriquait des
polos, tee-shirts, etc., pour Auchan, Carrefour, Pimkie, Go Sport, Cora,
C&A, H&M.
Évidemment, hormis des larmes de
crocodile, il ne faut pas compter sur nous qui profitons allégrement de cette
main-d’œuvre esclave pour changer quoi que ce soit. La révolte ne viendra que
des exploités eux-mêmes, de l’autre bout du monde. Même les chômeurs français
victimes des délocalisations sont bien contents de pouvoir s’acheter un
tee-shirt à 7 euros.
1.
Montrez que l’observation neutre des clients débouche sur une réflexion
sur la société de consommation.
2.
Montrez que derrière l’apparente neutralité
se cache en fait une critique du fonctionnement de l’hypermarché.
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